Bordeaux : les médecins relèvent le défi de l'e-santé.

«Le télésuivi des patients qui souffrent d'apnée du sommeil constitue un modèle assez parfait. » Marc Sapène, pneumologue, président de la commission éducation thérapeutique à l'Union régionale des médecins libéraux d'Aquitaine (URPS ML), était tout indiqué, avec son confrère Jean-Bernard Perrein, qui, lui, préside la commission e-santé, pour lancer les premières Rencontres nationales e-santé de Bordeaux, qui débutent aujourd'hui et se poursuivent jusqu'au 11 novembre. «En tant que médecins et professionnels de la santé, souligne le docteur Perrein, nous avons la volonté de répondre aux besoins de la population, d'améliorer la coordination des soins. Que nous le souhaitions ou non, nos exercices professionnels vont être profondément modifiés dans les cinq années à venir avec les dossiers communicants, les outils numériques. Nous devons être prêts. » D'où l'opinion de Marc Sapène : « Nous seuls avons la légitimité pour organiser cet événement. » Une façon claire d'affirmer que les premières Rencontres de Bordeaux ne se réduiront pas à une vaste exposition de matériels, mais seront aussi l'occasion d'organiser des rencontres entre professionnels et entre professionnels et patients.

L'e-santé est l'application des technologies de l'information et de la communication (TIC) à l'ensemble des activités en rapport avec la santé. Les outils informatiques doivent faciliter les échanges, réduire les délais de transmission de courriers, responsabiliser le patient face à sa maladie, améliorer la qualité de la prise en charge du patient.

 

Faire plus avec moins

L'exercice de la médecine se trouve actuellement confronté à une question économique d'importance : faire plus avec moins de moyens. Le développement exponentiel des maladies chroniques exige une autre façon de suivre le patient qui n'a plus grand-chose à voir avec la visite hebdomadaire du praticien. En revanche, l'utilisation du smartphone relié à une application santé (lire ci-dessous) permet au patient comme au professionnel de santé, qui ne sera pas forcément un médecin, de suivre au plus près les évolutions d'un diabète ou d'une maladie cardiaque.

D'un autre côté, le désert médical avance. C'est le cas par exemple dans le bassin de population autour de Saint-Pardoux-la-Rivière, en Dordogne, où 16 500 personnes comptent sur 11 médecins et deux maisons médicales. Le docteur Faroudja compte bien utiliser l'e-médecine pour faire reculer ce désert (lire ci-contre).

 

L'Aquitaine leader

Or la Région Aquitaine est en position de leader dans le domaine des technologies de l'information et de la communication dans le secteur sanitaire. Elle concentre 50 % des effectifs de la filière. Depuis quatre ans, près de 4 millions d'euros ont été attribués en aides individuelles ou collectives aux entreprises des TIC pour la santé. Le Conseil régional a créé en avril 2011 un cluster TIC santé pour en faire un modèle de développement économique, appuyé sur un fort ancrage intellectuel dans la recherche et un désir de promouvoir une médecine d'avenir. Début 2012, le président de la Région, Alain Rousset, a signé avec Philippe Blanco, directeur général de la société Agfa Healthcare en France, un contrat de partenariat pour l'implantation d'un centre de recherche et développement à Artigues-près-Bordeaux. Agfa Healthcare est regroupée avec McKesson Information Solutions France, l'université, l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et le Conseil régional dans une association qui travaille, comme l'explique M. Blanco, sur « des solutions innovantes en matière d'imagerie médicale et de logiciels qui permettent des transferts d'images, de radios et autres scanners de façon dématérialisée. Elle vise en particulier la mise en place du dossier électronique du patient ». Un serpent de mer dont les premières Rencontres de Bordeaux devraient accélérer la naissance.

 

Auteur: Hélene Rouquette-Valeins